Richard Donner
Suite à des problèmes personnels, Richard Donner ne pourra malheureusement pas recevoir en personne l’Hommage que lui rend cette année le Festival. C’est JOEL SCHUMACHER, ami du cinéaste et réalisateur de nombreux succès populaires, qui recevra l’Hommage en son nom. Il sera accompagné du cinéaste américain ROD LURIE.
À l’occasion de cet Hommage, le Festival projettera les films suivants :
L’ARME FATALE (Lethal weapon) - 1987 - de Richard Donner.
Avec Mel Gibson, Danny Glover, Gary Busey, Mitch Ryan.
COMPLOTS (Conspiracy Theory) - 1997 - de Richard Donner.
Avec Mel Gibson, Julia Roberts, Patrick Stewart
16 BLOCS (16 Blocks) - 2006 - de Richard Donner.
Avec Bruce Willis, Mos Def, David Morse.
RÉALISATEUR & PRODUCTEUR
ÉTATS-UNIS
Né en 1930 à New York, Richard Donner s’essaye au théâtre comme acteur avant de se tourner rapidement vers la réalisation en travaillant pour la télévision auprès de grands noms comme Sidney Lumet ou Arthur Penn.
Il s’installe à Los Angeles et réalise plusieurs épisodes de séries télévisées populaires, dont Au nom de la loi avec Steve McQueen, Les Rues de San Francisco avec Karl Malden et Michael Douglas, Les Mystères de l’Ouest, La Quatrième Dimension ou Des agents très spéciaux.
Il passe à la réalisation de longs métrages dès 1961 avec X-15, film de science-fiction avec Charles Bronson. Mais c’est avec un film fantastique qu’il connaît son premier grand succès en 1976, La Malédiction avec Gregory Peck. En 1978, il donne ses lettres de noblesse au film de super-héros en réalisant Superman, qui réunit un casting de rêve : Mario Puzo, scénariste du Parrain ; Geoffrey Unsworth, chef opérateur de 2001, l’Odyssée de l’espace ; John Williams, le compositeur de La Guerre des étoiles ; ainsi que les comédiens Christopher Reeve, Gene Hackman et Marlon Brando. Jusqu’à aujourd’hui, Superman reste une référence dont l’influence continue de se faire sentir dans les films actuels de super-héros, de Batman à Spiderman.
En 1985, il réalise Les Goonies, qui devient très vite un film générationnel et qui marquera toute une même famille de réalisateurs d’aujourd’hui, à l’époque adolescents.
Mais il est aussi celui qui rendra populaire la figure du duo de “flics” en faisant du “buddy cop movie” un genre à part entière du cinéma américain, avec la tétralogie L’Arme fatale et son mélange d’humour et d’action qui rendent ses deux acteurs principaux, Mel Gibson et Danny Glover, immensément populaires.
Il retrouvera Mel Gibson en 1994 avec la comédie-western Maverick et, en 1997, avec le thriller Complots. En 2006, il dirige Bruce Willis dans 16 Blocs, salué par la critique et son dernier film à ce jour.
Réalisateur respecté, directeur d’acteurs reconnu, producteur prolifique, Richard Donner a su, tout au long de sa carrière, diversifier les styles et les genres qu’il abordait, du polar au fantastique, avec un succès populaire rarement démenti.
FILMOGRAPHIE
1961
X-15
1968
SEL, POIVRE ET DYNAMITE (Salt and Pepper)
1969
L’ANGE ET LE DÉMON (Twinky)
1976
LA MALÉDICTION (The Omen)
1978
SUPERMAN
1980
RENDEZ-VOUS CHEZ MAX (Inside Moves)
1982
LE JOUET (The Toy)
1985
LADYHAWKE, LA FEMME DE LA NUIT (Ladyhawke)
LES GOONIES (The Goonies)
1987
L’ARME FATALE (Lethal Weapon)
1988
FANTÔMES EN FÊTE (Scrooged)
1989
L’ARME FATALE 2 (Lethal Weapon 2)
1992
L’ARME FATALE 3 (Lethal Weapon 3)
RADIO FLYER
1994
MAVERICK
1995
ASSASSINS
1997
COMPLOTS (Conspiracy Theory)
1998
L’ARME FATALE 4 (Lethal Weapon 4)
2003
PRISONNIERS DU TEMPS (Timeline)
2006
16 BLOCS (16 Blocks)
RICHARD DONNER, L’ENTERTAINER
De ses premiers pas à la télévision (Au nom de la loi avec Steve McQueen) au thriller 16 Blocs, son dernier film en date, Richard Donner aura traversé bien des genres du cinéma hollywoodien. À l’aise dans le western, la comédie ou le fantastique (La Malédiction en 1976 et le formidable Ladyhawke, la femme de la nuit en 1985), inventeur du film de superhéros moderne (le merveilleux Superman en 1978), Donner est avant tout un formidable entertainer ayant su, par delà les genres abordés, trouver un extraordinaire équilibre entre esprit de l’époque, règles imposées et personnalité d’auteur. Cette alchimie en fait un des petits maîtres les plus solides de ces quarante dernières années et aura trouvé dans un genre spécifique - le polar d’action - son expression la plus sophistiquée.
Malgré l’importance générationnelle de ses Goonies (1985), Richard Donner reste à jamais associé à la franchise qui a fait sa gloire et sa richesse : la tétralogie de L’Arme fatale et son duo légendaire (Mel Gibson / Danny Glover) qui, de 1987 à 1998, ont dessiné une des trajectoires les plus représentatives d’un certain état du cinéma d’action américain. L’apogée est atteinte dès le premier épisode, qui trouve dans son mélange de sécheresse et de fun une sorte de quintessence de l’esprit eighties. Le film est à la fois un produit commercial portant à incandescence les recettes de la décennie (notamment en donnant au "buddy cop movie", le film de duo de flics qui fait alors école, sa forme la plus parfaitement huilée) et un vrai film anachronique dans sa représentation d’une virilité un peu abîmée, comme remontée de l’esprit désenchanté des seventies.
Si les derniers épisodes suivent à leur façon l’esprit plus ironique, voire cynique ou grotesque des années 1990 (le quatrième et ses réflexes parodiques), la relation si particulière de Donner au polar continue de s’exprimer ailleurs. Le beau Complots (1997) n’hésite pas à jouer d’une fausse légèreté qui amorce tout un pan du thriller plus volatil des années 2000 qui trouvera dans la paranoïa un de ses sujets fétiches. Mel Gibson y incarne un taximan obsessionnel voyant le monde à travers une immense toile de manipulations et de supercheries organisées. Lorsque la réalité rattrape sa logique, le film atteint des sommets. Donner capte son époque mais est déjà un vieux lion et il n’oublie pas, grâce notamment à l’épaisseur sentimentale du personnage de Julia Roberts, de replier le thriller contemporain vers des émotions plus classiques. Le cas de 16 Blocs, enfin, est extrêmement représentatif de ce rapport viscéral et malicieux au genre. Bruce Willis, flic (et acteur) en perdition, y accompagne un jeune gangster black dans une sorte de survival urbain en temps réel. Le film est une synthèse assez extraordinaire des décennies traversées par l’auteur : relecture de L’Épreuve de force d’Eastwood, il évoque tout autant la naïveté des années 1980 (un pur buddy movie à l’ancienne dans le traitement des émotions), la brutalité outrée des années 1990 (impossible de ne pas voir dans le filmage caméra à l’épaule un hommage au chef-d’oeuvre de John McTiernan, Une journée en enfer) et la volatilité des années 2000 - avec cette idée du temps réel qui apparaît comme un artifice à la 24 Heures chrono. Surtout, il offre à Richard Donner l’occasion de prouver, dans un mélange d’humilité de faiseur et de sagesse de vieux lion, qu’il est bien l’un des derniers classiques de son temps.
Vincent Malausa, Cahiers du cinéma







