La Conférence-Débat
LE PLAISIR DE LA DISSIMULATION -
VOIX ET REGARD DANS LE FILM POLICIER ANGLOPHONE
Par Christophe Gelly
Le regard dans le film policier trahit souvent : regard du coupable sur le point de commettre l’irréparable, regard de la victime au moment où le piège se referme sur elle, ou regard inquisiteur de l’enquêteur toisant les suspects. Le film Frenzy (1972) d’Alfred Hitchcock fait d’ailleurs une utilisation particulièrement frappante du regard des victimes étranglées par un tueur en série sadique, regard figé dans la réalisation soudaine de la vérité quant au meurtrier. Mais le regard est bien sûr également ce qui déforme la réalité, puisque le film policier doit nécessairement retarder la révélation finale de la vérité et, pour ce faire, joue de façon récurrente sur des visions “alternatives” de la réalité. Ces visions sont souvent justifiées par une mise en scène de l’image en tant que telle à l’intérieur des films eux-mêmes, comme dans Le Voyeur (Peeping Tom) de Michael Powell (1960), dont le personnage principal est photographe.
Le but de cette présentation est de montrer, à travers plusieurs extraits de films policiers et “films noirs” célèbres, comment ce phénomène se déroule et la manière dont il s’articule parfois à la présence d’une voix - souvent une voix off dans le film noir classique - qui peut se comprendre de façon similaire à la fois comme instrument de révélation et de rétention de la vérité de l’intrigue.
Frenzy
Le Voyeur
Christophe Gelly est Professeur au département d’anglais de l’université Blaise-Pascal (Clermont-Ferrand II), spécialiste du récit policier (littéraire et filmique) et de l’adaptation cinématographique. Il a publié plusieurs études sur le roman noir et le film noir, notamment Raymond Chandler - Du roman noir au film noir (Paris, Michel Houdiard, 2009).
L’exposé de Christophe Gelly est suivi de la projection du film Les Promesses de l’ombre, le seizième film du cinéaste canadien David Cronenberg, puis d’une présentation-discussion, menée par David Roche.
Ou comment le cinéaste explore le film de gangster et la ville de Londres afin de parler à chacun des obsessions qui traversent son oeuvre, à savoir la représentation du corps et les ambiguïtés des relations humaines ?
David Roche est maître de conférences à l’université de Bourgogne où il enseigne le cinéma et la littérature nord-américains.
Spécialiste du cinéma d’auteur et d’horreur, il est l’auteur, entre autres, de L’Imagination malsaine : Russell Banks, Raymond Carver, David Cronenberg, Bret Easton Ellis, David Lynch (Paris, L’Harmattan, 2008) et de plusieurs articles sur David Cronenberg.







