LA SÉANCE CULTE
« La Panthère noire d’Ian Merrick est un film complètement à part. Le film n’a quasiment pas été distribué car les mairies et les municipalités l’ont interdit suite à l’intervention d’une journaliste assez connue de l’émission de télévision ‘Tonight’, qui avait dit à l’époque que c’était ‘un film répugnant’. Ian Merrick a été accusé d’exploiter un fait divers qui venait de choquer profondément l’Angleterre, et même d’en faire une exploitation crapuleuse. Alors qu’au contraire, c’est une espèce de plongée dans la psyché d’un personnage assez monstrueux, mais aussi une tentative de mettre en lumière les causes qui produisent des gens comme cet homme-là.
Ce qui est très réussi, je trouve, dans le film d’Ian Merrick, c’est le portrait de l’assassin. Le film commence sur des images de cheminées d’usines sur fond de paysages industriels dans le nord de l’Angleterre, une zone totalement déshéritée. Et apparaît ce type qui court en tenue militaire qui nous inquiète tout de suite… Ce personnage, qui fait la force de l’œuvre, ne cesse d’être inquiétant tout au long du film, […] il est absolument terrifiant. Et il l’est d’autant plus qu’il n’est pas très bon, qu’il se trompe : il planifie ses braquages de manière minutieuse - tel un général qui planifierait son attaque – sauf qu’une fois sur le terrain, il se plante, il laisse tomber une cassette vidéo, son magnétophone est cassé, il s’énerve et, d’un seul coup, s’enfuit et tue presque toujours dans la panique, ce qui le rend d’autant plus crédible… Le film devient alors encore plus terrifiant car, si cet homme a pu agir pendant des mois, c’est que la police était totalement inefficace. En tant que spectateur, c’est un des rares films où on a vraiment cette impression que le destin peut frapper à tout moment, que l’on pourrait toujours croiser le chemin d’un dingue, d’un malade, d’un psychotique que personne ne pourrait empêcher de nous faire du tort. Ce que je trouve très réussi, bien sûr, c’est la photographie. Il n’y a aucun glamour, c’est une lumière assez crue, ce sont des décors tristes où le quotidien est capté de manière formidable. En plus, tout ça est vrai, il y a eu des livres sur ce personnage resté célèbre et mort à l’âge de 75 ans en prison. Il a été condamné 4 fois à la perpétuité, car le juge voulait être sûr qu’il ne sortirait jamais de prison. Le personnage est d’autant plus monstrueux que, quand il témoigne à son procès, il se vante de ce qu’il a fait et n’exprime aucun remords… Il est glacial car il semble n’avoir aucune conscience du bien et du mal. […] L’acteur Donald Sumpter est absolument formidable parce qu’il n’est jamais sympathique, il est tellement effrayant qu’on est glacés. C’est un être humain, c’est clair, il fait partie de l’humanité, il est notre semblable, notre frère, mais, en même temps, il est tellement monstrueux qu’on est pris de vertiges face à ses actes.
Il n’y a aucun sensationnalisme dans La Panthère noire : le film reste près des faits et n’est pas traité comme un film d’horreur. Il s’inscrit dans un courant très peu fourni, celui des films noirs des années 1970. À cette époque, l’Angleterre avait eu envie de faire des films noirs, mais la censure était tellement pointilleuse que le genre s’était finalement caché dans les films d’horreur […] qui ont pu aborder le thème de la pulsion meurtrière sous couvert du genre fantastique.
Ce qui me touche et me frappe aujourd’hui, c’est l’honnêteté du film, son implacabilité et la rareté de ce thème de la psychose presque ordinaire d’un être humain. »
(Entretien avec François Guérif, éditeur & écrivain/publisher & writer, bonus DVD La Panthère noire édité par UFO Distribution)