Evénements

Honk Kong Polars


BACK TO HONK KONG

Se laissera-t-on aller à un zeste de nostalgie coloniale ? Une chose est sûre : le cinéma de Hong Kong ne serait pas ce qu’il est, il n’aurait pas été ce qu’il a été sans le mandat britannique qui sépara l’île de sa “mère patrie” chinoise pendant 150 ans.


Il faut les comprendre, les Hongkongais. Ils parlaient le cantonais plutôt que le mandarin, langue dominante chez les cousins de Chine populaire. Ils étaient fiévreusement capitalistes quand ceux d’à côté restaient encore fidèles aux dogmes maoïstes. Ils vivaient recroquevillés sur un territoire riquiqui alors qu’un pays entier, un continent, s’étendait à leur porte. Il y avait là ce paradoxe fou : ils étaient libres, eux, mais occupés ; ils étaient libres mais prisonniers, une situation qui a fini par leur taper sur le système et leur donner l’idée de faire parler les flingues, à tort ou à raison, à tort et à travers.

A dire vrai, ce n’est pas vraiment du cinéma de Hong Kong qu’il est ici question mais du cinéma dans Hong Kong, le cinéma dans la ville. Le polar HK aura été ce cinéma de ruelles et de petits espaces, où les protagonistes sont pris au piège comme des rats ou des souris en cage, l’envers du polar américain, fondé sur l’immensité du territoire et la possibilité romanesque de s’enfuir pour s’y perdre à jamais. A Hong Kong, on peut se cacher mais on finit toujours par être retrouvé. A cette exiguïté spatiale répond un confinement temporel. Le polar s’y est développé entre 1984, l’année de la signature des accords prévoyant le départ des Anglais, et 1997, l’année où le drapeau rouge remplaça effectivement l’Union Jack aux façades des bâtiments officiels. Qu’ils soient mélos et mélancoliques (John Woo), putrides et nihilistes (Ringo Lam) ou pragmatiques et résignés (Kirk Wong), tous les films de cet âge d’or partagent un sentiment de tension lié à l’urgence d’un compte à rebours inexorable. Un monde finit, le suivant est fait d’incertitudes. S’entretuer revolver au poing devient une façon de faire semblant qu’on garde son destin en main…

Depuis 1997, les Hong Kongais ont changé de perspective. L’île n’est plus fermée sur elle-même, le temps n’y est plus compté. Il n’est pas étonnant que Johnnie To ne se soit affirmé comme styliste génial qu’après la Rétrocession, ni que Tsui Hark ait attendu l’an 2000 pour tourner son unique vrai polar, Time & Tide. Pour eux, comme pour les auteurs de Infernal Affairs ou SPL, Hong Kong est devenu un pur décor de cinéma, un terrain de jeu propice à des expérimentations formelles, des concepts post-modernes et un existentialisme abstrait. Mais il faut se souvenir qu’à un instant crucial de l’histoire de cette île-carrefour, le polar a été le réceptacle des angoisses de toute une population, de son sentiment d’aliénation et d’asphyxie, et de son renoncement désenchanté à ce que John Woo a si joliment appelé “de meilleurs lendemains”.
 

Léonard Haddad

 


FILMOGRAPHIE SÉLECTIVE


Quatre Lunes Digitales